Texte et photos : Pierre Cavale.

Au bord du chemin des Patriotes, à Mont-Saint-Hilaire, se dresse un petit étal de fruits et légumes, ouvert tous les jours de la mi-juin jusqu’à la fin octobre. Du mercredi au dimanche, c’est France Labelle qui vous y accueille.

Oui, je sais, quel verbe galvaudé, accueillir ! Pourtant, je n’en trouve pas de plus approprié pour vous présenter cette jeune femme qui a le don de vous faire sentir le bienvenu, qui que vous soyez. En début de saison, il faut entendre les vieux habitués : « Oh ! Comme on s’est ennuyé de vous ! » Les petits mousses du quartier sont nombreux à tirer la manche de leur maman : « Viens ! On va voir France ! ». Elle-même mère de deux garçons, elle a le tour  avec eux, comme on dit.

Bien sûr, elle est heureuse de retrouver son monde saison après  saison, mais la joie qu’elle ressent à voir pousser ces jeunes est sans égal. France a un don pour les mettre en confiance et leur donner le goût de sentir, toucher et goûter tous ces trésors de Mère Nature. Elle rend ainsi un fier service aux mamans qui tentent par tous les moyens d’inculquer de saines habitudes alimentaires à leur progéniture. Pas étonnant qu’elle devienne la confidente et l’amie de plusieurs d’entre elles.

On ne peut donner que ce qu’on a reçu. 

France Labelle est née à Saint-Paul-d’Abbotsford, un village de la Montérégie dont la principale activité économique est la pomiculture. Sur le territoire, on y dénombre aussi de grandes fermes maraîchères comme le Verger du Père de la fraise. C’est là que France décroche, à l’adolescence, son premier emploi d’été. Elle connaît alors déjà bien les propriétaires par leur fille Vanessa qui est sa meilleure amie, à l’école.

Près de 20 ans plus tard, en 2014, ce sont ces mêmes propriétaires, Micheline et Roger Rodrigue, qui reprennent la concession de l’étal de Mont-Saint-Hilaire, un site florissant en place depuis des décennies. France traverse alors une dure période. Elle occupe un poste en usine chez IBM depuis 10 ans mais elle n’en peut plus de passer ses journées entières entre quatre murs. Elle se confie à son amie Vanessa. Ça tombe bien. Micheline et Roger ont besoin d’une personne de confiance pour prendre en charge la concession tout juste acquise. Avec France, ils ne peuvent mieux tomber et pour elle, ce changement de cap est un véritable retour aux sources. Elle n’a jamais l’impression de travailler, même si ses tâches et ses responsabilités vont bien au-delà de ce qu’on peut imaginer. Comme le lui répète parfois un de ses clients : « Ta job, moi, je la ferais pas, fille ! ».

Au plaisir d’offrir de bons produits frais s’ajoute celui de participer aux travaux printaniers de la ferme. Se retrouver seule au milieu des champs à la fonte des neiges, être témoin de l’éveil de la nature au pied du Mont Yamaska, quel bonheur ! L’hiver, pas question pour elle de rentrer. France bosse comme patrouilleuse sur les pentes de Bromont où, là encore, elle trouve son équilibre en se ressourçant par la solitude au grand air tout en offrant ses bons soins et sa présence bienveillante aux usagers de la montagne. Est-ce cela que suggère son look singulier?

Pour ma part, si j’ai eu envie de vous faire découvrir cette personnalité hors du commun, c’est aussi pour vous encourager à regarder au-delà des apparences : une image rebelle cache bien souvent un esprit libre et créatif empreint de la plus grande générosité qui soit : celle de savoir partager son bonheur !